jeudi 18 septembre 2014

AVEC LE TEMPS: RÉFÉRENCES 4°





Avec le temps est une chanson écrite et composé par Léo Ferré en 1969. C'est une chanson emblématique de la chanson française.


Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
On oublie le visag' et l'on oublie la voix
Le coeur quand ça bat plus c'est pas la pein' d'aller
Chercher plus loin faut laisser fair' et c'est très bien
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
L'autre qu'on adorait qu'on cherchait sous la pluie
L'autre qu'on devinait au détour d'un regard
Entre les mots entre les lign's et sous le fard
D'un serment maquillé qui s'en va fair' sa nuit
Avec le temps tout s'évanouit
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
Mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'as un' de ces gueul's
A la Gal'rie j'Farfouill' dans les rayons d' la mort
Le samedi soir quand la tendress' s'en va tout' seule
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
L'autre à qui l'on croyait pour un rhum' pour un rien
L'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l'on s' traînait comme traînent les chiens
Avec le temps va tout va bien
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard surtout ne prend pas froid
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l'on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment

Avec le temps ... on n'aime plus.



Série d'autoportraits photographique, Roman Opalka

Le peintre franco-polonais Roman Opałka (27 août 1931 – 6 août 2011)  a tenté à partir de 1965 de compter de 1 à l’infini sur ses toiles pour décrire le passage du temps.En 1965, il décide de peindre en blanc avec un pinceau n°O sur des toiles noires de 196 x 135 cm la suite des nombres de un à l'infini. Il intitule ses toiles Détail.



Quand il est arrivé au chiffre 1 000 000, en 1972, il a légèrement changé sa façon de faire, en ajoutant 1% de blanc dans le noir qui lui sert de fond, si bien que les nombres se fondent progressivement dans le support sur lequel elles sont inscrites.




Matérialisant également l'érosion du vivant par le temps, il enregistre quotidiennement le son de sa voix prononçant les nombres qu'il est en train de peindre. Une voix qui se transforme au fil des années...



Enfin, il termine chaque séance de travail en réalisant son autoportrait photographique.


Les autoportraits d'Opalka, présentés comme des photos d'identité frontales, avec ce regard fixé sur l'objectif et sur le spectateur, semblent défier le temps. En vérité, bien au-delà de l'appareil photo, et bien au-delà encore du spectateur, c'est la mort elle-même qu'Opalka sonde froidement du regard, dignement, crânement oserait-on dire, avec la pleine conscience qu'elle finira bien par le rattraper. Chaque nouveau portrait est une trace de sa présence encore vivante à un moment donné. Le spectateur se retrouve interpellé par la persistance de ce regard, comme si son caractère de défi inexorable lui renvoyait à la figure sa propre dimension dérisoire, soumise à la dégradation et au pourrissement.


Par ce dispositif sans cesse renouvelé à l'échelle d'une vie, Opalka propose une méditation sans précédent sur le temps, impliquant sa vie entière au service de son oeuvre.
"Ma position fondamentale, programme de toute ma vie, se traduit dans un processus de travail enregistrant une progression qui est à la fois un document sur le temps et sa définition". Roman Opalka.

 Les photographies d'Adam Magyar de la série Urban Flow:





URBAN FLOW

Pour Urban Flow, Adam Magyar utilise des appareils destinés à faire de la "photo-finish", soit un balayage vertical instantané d'un pixel depuis un point fixe afin de capturer non pas quelques secondes mais deux à trois minutes de ces paysages urbains. Il en résulte des images composées de séquences pouvant regrouper jusqu'à 10 000 prises de vue par secondes. Ainsi, les objets statiques deviennent linéaires, alors que ceux en mouvement sont restitués avec un degrés de réalité relatif à leur vitesse de déplacement. Sans points de départ ni d'arrivée, ces êtres évoluent au sein d'un univers qui leur ressemble; "Nous sommes nés, nous vivons et mourrons tant comme individus que comme particules dans nos structures nées de la main de l'homme et que nous appelons villes ou sociétés", explique Magyar. Véritable vanité moderne, l'artiste redéfini grâce à l'image le caractère éphémère du temps qui nous est imparti sur une échelle linéaire infinie.

Ci-dessous le travail photographique de Tom Hussey:





Tom Hussey est un photographe américain spécialisé dans la publicité. Voici par exemple un de ses travaux réalisés pour Novartis, un laboratoire qui développe des solutions pour le traitement de la maladie d’Alzheimer.

Pour cette campagne, Tom Hussey a donc photographié des personnes âgées, atteintes de la maladie d’Alzheimer, devant un miroir. Grâce aux fameux patchs Exelon, ils peuvent enfin se rappeler leur jeunesse, à travers le miroir. On y retrouve : un ancien pompier, un soldat, un chimiste, une infirmière, etc.

Ci-dessous le travail de Michael Wesely:



Moma, New York, 2001-2003


Pour la plupart d’entre nous, la photographie consiste en l’immortalisation d’un instant. Mais pour Michael Wesely, c’est la capture d’une période plus longue, qui peut aller jusqu’à plusieurs mois ! Depuis plus de 10 ans, cet artiste allemand photographie, en continu, sur des périodes allant jusqu’à 34 mois, des sites démolis puis reconstruits. L’obturateur ouvert de son appareil enregistre l’édifice, sa reconstruction mais aussi la vie qui passe, la course du soleil, les voitures, les passants… tout.

Une réponse à l’instant décisif
C’est en 1988 que Michael Wesely commence à réfléchir à un procédé de prise de vue très long. À l’époque, le monde de la photographie est largement dominé par le concept d’"instant décisif" d’Henri Cartier-Bresson. Pour le photographe munichois, cette photographie magique qui arrive à un instant précis est un leurre. Il commence par réaliser des portraits avec un temps d’exposition de 5 mn. Puis, il se met à travailler dans les trains, laissant son obturateur ouvert d’une gare à l’autre. «C’est à ce moment que j’ai réussi à relier la technique de l’exposition longue à mon propos», précise-t-il. Petit à petit, l’idée lui vient de photographier la ville en mouvement. Entre 1997 et 1999, il capture la construction de la Postdamer Platz de Berlin. Ce projet est financé par Daimler Chrysler. Il est ensuite invité en 2001 à photographier les 3 ans de travaux de reconstruction du MoMa, à New York.


Quand on demande à Michael Wesely comment il a réussi à mettre en place son procédé, il répond : « J’ai échoué, encore et encore, jusqu’à ce que je réussisse à faire ce que je voulais. » Si l’auteur reste très discret sur son procédé exact, certains s’avancent à quelques suppositions. Il photographierait avec une chambre 4×5. La pellicule capte la lumière sans arrêt par un objectif qui aurait une ouverture de diaphragme microscopique de f:1250 (l’ouverture de l’objectif). Aucune certitude ici. Ce ne sont que des pistes et des rumeurs ! Le photographe, lui, précise que sa photographie tient beaucoup au hasard et à la magie : « Il n’y a aucun moyen de calculer le temps et la taille du shutter (obturateur) sur des expositions aussi longues », explique-t-il. Il ne sait jamais avant le développement si son image est réussie.


L’image est un procédé:
Finalement, la force de ces images ne réside pas dans leur forme finale mais dans leur procédé. Michael Wesely précise d’ailleurs : «Les bâtiments que je photographie ne sont pas mon sujet, c’est leur construction qui l’est.» Pour la première fois, la photographie capture le temps qui passe, les changements d’un lieu.
Ce projet, s’il est une prouesse technologique, est aussi une jolie métaphore du temps que peut prendre un photographe à se réaliser artistiquement, recherches après recherches. Quand on pense au chemin réalisé entre une simple envie de réponse à Cartier-Bresson en 1988 et les images qu’il produit depuis les années 2000, ce photographe nous laisse rêveur quant à ce que l’on peut produire à partir de son imagination et de sa technique. «Capturer l’invisible»,  voilà ce que fait Michael Wesely.